Le Croisic ou la possibilité d’une presqu’île. Nombreux sont ceux à connaître ce pittoresque « lopin » de terre, rattaché au continent par une route unique. Son petit port si charmant, sa côte sauvage balayée par les vents, ses hôtels particuliers, ses loups de mer accoudés au Café des Sports… Une véritable image d’Epinal version Honfleur si on se cantonne à n’en visiter que les abords. Pourtant Le Croisic, sous ses apparences Île de Ré-esque, c’est bien plus qu’un lieu hautement instagrammable.

Un village Gaulois, hors du temps

panorama du Croisic

panorama du Croisic

J’y ai vécu pendant 10 ans et je souhaiterai mettre davantage l’accent aujourd’hui sur une partie de son histoire récente et la façon dont on appréhende la vie là-bas, en tant que locaux. Au quotidien, c’est une ville âpre, une terre mère de marins pêcheurs au quotidien bien moins rose que ses couchers de soleil. Y résider à l’année, c’est aussi accepter de vivre dans un espace temps à part du reste du continent. Le sentiment de tourner en rond n’est pas imagé puisqu’en tant que « presque » île, on retombe toujours sur ses pas. Le temps semble s’y être figé et si je me fie à ces 25 dernières années, très peu de choses ont changé. Pratiquement les mêmes commerces et restaurants avec les mêmes noms, mêmes devantures, mêmes typographies. En parlant de berniques, je connais énormément de Croisicais qui n’ont jamais voulu quitter leur rocher. Des générations entières se succèdent sans avoir l’envie d’en bouger et en ces temps nomade, c’est plutôt rare ! Plus de 4000 habitants au compteur mais dans les faits, tout le monde se connaît. Un sentiment d’étouffement pour certains, d’ambiance familiale pour d’autres. Les traditions y ont la dent dure et Le Croisic a ce côté rassurant ou exaspérant des choses immuables, qui ne cillent pas. Ar Groazig (son nom breton), c’est ce petit village peuplé d’irréductibles gaulois qui perpétuent les coutumes et métiers séculaires et pas pour le folklore.

Oceano Nox, toujours d’actualité

port du Croisic

port du Croisic

J’ai d’anciens copains de classe qui exercent aujourd’hui le même métier que leurs aïeux en tant que marins-pêcheurs, conchyliculteurs (les coques), poissonniers… Ce n’est pas un sacerdoce et ce n’est en aucun cas choisir la facilité parce que ces métiers sont horriblement éprouvants. Je me souviens d’avoir embarqué en mer plus jeune pour rendre hommage aux marins fraîchement disparus. Une véritable procession sur les flots avec des visages ravagés par la cruauté de leur mer(e) nourricière, au son du biniou et des paroles d’Oceano Nox de Victor Hugo (Oh ! combien de marins, combien de capitaines…), les énormes gerbes de fleurs qui flottaient quelques temps avant de sombrer dans les abîmes maritimes… Heureusement ce genre de drame est de plus en plus rare mais cela façonne chez certains habitants une certaine idée de la vacuité des choses.

Le phénix des mers

Côte sauvage

Le Croisic, c’est aussi une des villes du littoral complètement souillée par la marée noire de 1999. En ce soir de décembre, le pétrolier Erika fait naufrage et déverse sur les côtes, 10 000 tonnes de fioul… Le fioul pareil à de la colle a investi les plages comme de la lave… 400 km de côtes polluées, 200 000 oiseaux disparus, un travail titanesque pour en venir à bout… Une énorme tâche d’encre noire sur une aquarelle pour vous en faire une nano idée. Difficile de se figurer cela aujourd’hui, tant la presqu’île a retrouvé sa superbe mais ce fut de longues années de nettoyage et de patience pour que la biodiversité végétale et minérale reprenne ses droits.

Tout cela non pas pour plomber l’ambiance mais pour montrer une facette tout aussi réaliste que celle de ses atours touristiques 🙂 Passons d’ailleurs avec beaucoup plus de légèreté, au côté balade en évitant de se focaliser sur le port et la côte sauvage par lesquelles vous passerez obligatoirement 😉

Quartier du Mont-Esprit

Juste après la gare (le mieux est de vous stationner en face) et avant le port, vous pouvez vous balader dans un tout petit quartier un peu moins exposé au tourisme. En prenant la rue des Parcs vous allez arriver face au traict du Croisic. À marée basse, cela semble être un vaste désert et la vue y est fort appréciable. Vous allez sans doute croiser de hauts tracteurs sur le sable et c’est normal puisque c’est ici que les conchyliculteurs ramassent les coques (un des fleurons de l’économie locale !). La rue du Bassin qui longe le traict est ponctuée de superbes demeures en pierres bien épaisses, parfaitement dans le style Breton. Le bout de la rue vous amène face au Mont-Esprit qu’il vous faudra grimper pour avoir un panorama sur la ville. D’ailleurs ce mont est complètement artificiel, il s’est formé grâce à l’amas de lest déchargés au fil des ans par les pêcheurs !

Le quartier sans nom

Juste avant le port encore, prenez la rue Hervé Rielle qui vous mène à la rue Leray et à ses charmantes petites maisons. Déambulez dans les petites rues attenantes (rue du Vieil Hôpital, rue Barzile, rue du Cis avec un passage qui ressemble à un jardin privé mais qui n’en est visiblement pas un…) pour vous délecter des petits détails qui donnent un cachet désuet au quartier. Ici une grappe de raisin, là un poème sur la façade d’une maison, ou bien encore une maisonnette qui ressemble à une petite chapelle. La rue du Bourg Boutin vous amènera boulevard (un bien grand mot) du Général Leclerc où se trouvent des maisons anciennes de plus haute facture. Cette même avenue mène à la plage de Port-Lin et à son fameux restaurant « L’Océan », fameux pour son bar en croûte de sel.

Maisons volets vert

Boulevard du Général Leclerc

Pen Avel, une bulle d’oxygène

Quand vous êtes face à la plage de Port-Lin, continuez sur votre droite pour arriver au parc de Pen Avel, sur la côte sauvage. Très arboré, c’est un endroit parfait pour se protéger du soleil et de la chaleur mais aussi pour se mettre au vert. Une vaste clairière se trouve en son centre avec des bancs tout autour pour une pause bien méritée. En empruntant la sortie rue de Kervenel, continuez sur votre gauche pour retrouver le centre historique de la ville, place Dinan.

Pen Avel

Le centre historique, une architecture hétéroclite

C’est le moment de déambuler dans les petites rues qui font aussi la renommée du Croisic. En gastronomie, on parle de « cuisine fusion » quand plusieurs cultures ou techniques se rencontrent. Et bien là, on nage en pleine « architecture fusion » tant les disparités d’époques sont nombreuses. Les maisons à pans de bois côtoient les hôtels particuliers des armateurs d’antan. En ce moment, il y a une exposition à la Galerie Chapleau sur les oeuvres d’une pléthore d’artistes inspirés par Le Croisic. C’est là qu’on prend conscience de l’aura créative qui émane de la cité portuaire. Beaucoup de scènes représentent le port notamment. Il ne faut pas partir des lieux sans avoir jeté un coup d’oeil au plafond de la galerie, très astral, ainsi qu’au jardin, plutôt sympa 🙂

Maison dite à « arêtes de poissons »

Il y a aussi à voir le marché et sa structure Art Déco et les vitraux de l’église, coloré et sans de scènes trop larmoyantes 😉  Lors de cette petite balade vous allez sans doute tomber sur les jardins de l’hôtel de ville et sur le canon du Soleil Royal. L’histoire de sa découverte est assez amusante, je vais vous la rapporter telle que l’on m’a raconté, sans être certaine de la véracité de tous les propos mais c’est comme ça que naissent les plus belles légendes, non ?

« Au Croisic se transmettait de bouche-à-oreille, une légende qui traversait les siècles jusqu’à ce qu’elle ne fut plus considérée que comme fable pour enfants. En sa baie, s’était jouée en 1759, la bataille navale des cardinaux, où le vaisseau-amiral « Soleil-Royal » avait sombré à jamais, emportant avec lui des pièces d’artilleries d’exception. Mais jamais ne fut retrouvé un seul de ces vestiges jusqu’à ce jour de 1955 où un pêcheur Croisicais, Jean Quilgars, fut intrigué de remonter à l’eau des casiers de homards à la robe verte alors que leur carapace est d’ordinaire bleue. Quand on sait que cette même carapace est calcaire et prend la couleur du métal avec laquelle elle est en contact, on peut supposer que du bronze sommeillait dans les bas-fonds… Des plongeurs sondèrent les lieux et découvrirent un superbe canon sculpté et ornementé à la perfection. Parfois la mer octroie à nous rendre certains trésors qu’elle engloutit… ».

Si vous êtes arrivé au bout de ce récit-fleuve, félicitations ! Il y aurait encore milles choses à dire sur Le Croisic, notamment en ses terres, mais sous peine de tuer le référencement de notre blog, je vais m’arrêter là !

 

Partagez cet article !

Rendez-vous sur Hellocoton !

A propos de l'auteur

Clémence de La Nazairienne

Bernique poétique